04 février 2007

Nicolas SARKOSY ou la réthorique sournoise de la valeur du travail

La campagne présidentielle est marquée par plusieurs discours, et celui de la valeur du travail est  particulièrement récurrent chez le candidat SARKOSY. Il l'est à tel point que l'on a une impression que le slogan UMP lié au travail répond à une logique que l'on peut qualifier de populiste mais surtout conservatrice. La valeur accordée au travail est-elle liée à la dévalorisation que l'on en fait ?

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Tout d'abord, il existe pour lui, un point sur lequel il faut agir = la dévalorisation.
Trois idées pour tenter de l’expliquer  :
Certainement du fait que les conditions de travail se sont dégradées dans le sens où elles ont de plus en plus d'impact sur la vie privée des gens. Que l'on demande de plus en plus d'implication du travailleur, comme s'il devait s'aliéner au prix de son salaire. Marx le disait mais jusqu'ici, l'idéologie capitaliste nous faisait croire que le travail associé au progrès était émancipateur.
L'exemple du Trouble Squelleto Musculaire (TSM) est une illustration symptomatique de cette tendance qui démontre que même si les conditions du travail à la chaîne classique se sont améliorées, elles conduisent paradoxalement à de nouvelles maladies et à de nouveaux drames familiaux. En effet, la rationalisation des tâches a amené les travailleurs à s'investir plus que mesure dans les actes répétitifs demandés. Ce qui change c'est qu'auparavant, avant cette rationalisation, les travailleurs pouvaient s'évader plus facilement de leur activité en raison de tâches demandées certes éprouvantes, mais qui ne demandaient pas une importante concentration. Aujourd'hui, la complexité de celle-ci (augmentation du nombre d'opérations manuelles à grande technicité) interdisent toute évasion de l'esprit ce qui implique un impact psychologique sur la santé des travailleurs. Les arrêts de travail, les carrières brisées, les problèmes liés à la consommation de produits pour oublier la douleur ont augmenté significativement.
S'agisssant de la dévalorisation du travail, il faut noter l'idée qu'aujourd'hui ce n'est plus vraiment lui qui rapporte le plus, puisqu'en fait la spéculation sur les marchés boursiers est d’une part plus rémunérateur et d’autre part survalorisé. Elle rapporte plus d'argent que l'acte salarial et elle conduit dans cette logique à vouloir gagner toujours plus, à pousser au démantèlement d’entreprises, à imposer des plans de licenciement voire à prescrire des délocalisations.Chaque plan de délocalisation est accompagné d'un discours patronal, dévalorisant le travail dans les pays occidentaux (trop cher) tout en valorisant celui des pays émergent (plus flexible). La réalité c'est que le travail dans ces pays sont financièrement et socialement dévalorisés. Il ne tient pas compte du dérèglement social engendrés par ces types d'emploi et des impacts environnementaux directement liés aux non respect des normes écologiques dans ces pays. Les cours d'eau chinois sont tellement pollués que les autorités du pays commencent à admettre l'état d'urgence sanitaire à certains abords.

Le constat est logique mais l'impact sur la population et surtout la jeunesse par exemple est plutôt néfaste.
La jeunesse pour qui l’emploi apparaît de plus en plus difficile d’accès, tant les statistiques sur le chômage des jeunes leur montrent que leur avenir est de plus en plus fermé. Si le diplôme était hier à la fois le gage d'obtenir un travail à la sortie de l'école et le symbole républicain de l'ascenseur social, aujourd'hui il ne représente qu'un leurre pour cacher le système des héritiers dénoncé il y a plus de 50 ans par Bourdieu. Les réussites scolaires des enfants issus de familles défavorisées, si elles ne sont pas couronnées par la possibilité d'obtenir des diplômes de grandes écoles, ne permettent plus de trouver une bonne place sur le marché du travail. Les diplômes des universités classiques, qui ont enregistrées une énorme augmentation de ses effectifs, conduisent aujourd’hui à des carrières sans avenir en raison d'un nombre largement suffisant de diplômés par rapport aux postes offerts. D'où une démobilisation certaine de la jeunesse qui élevée au côté d’idéologies liées au culte de l'argent, de l'individualisme exacerbé, considèrent l'échec comme une disqualification sociale.
Les gens ont-ils une représentation dévalorisée du travail ?
D’après mon observation, les jeunes les plus désaffiliés socialement, ont une représentation positive du travail. Ils reconnaissent l’emploi comme l’unique élément intégrateur. Ils pensent, pour la quasi-totalité, que le travail est la solution pour leur situation. Réussir à l’école est perçu comme un facteur primordial d’insertion, même si personnellement ils ont rencontré beaucoup de difficulté lors de leur scolarité. Par contre, ils mettent en avant la difficulté pour accéder à un emploi. Il s’agit du facteur qui les démobilise le plus. 
Après, Monsieur Sarkosy nous dit que la dévalorisation est directement liée aux 35 heures. Il est bien difficile de définir ce qu'entend Sarkosy par la "valorisation du travail" qu’il souhaite, tant cette formule est mise en contradiction par les principes même de sa politique économique.
D'une part Sarkosy propose pour revaloriser le travail, de casser le système des 35 heures, en permettant aux salariés de travailler plus. Est-ce vraiment le bon terme ? Cette mesure conduit logiquement à un allongement du temps de travail c'est certain, mais permet-elle vraiment de le valoriser l'acte même de travailler ? Les heures supplémentaires donnent une possibilitéaux individus de jouir d'une liberté offerte aux salariés. De là à considérer cela comme une valorisation du travail, c'est démagogique puisqu'au motif de promouvoir les heures supplémentaires, on essaye de nous faire croire qu'hier, elles étaient impossibles parce que surtaxées et qu'en déréglementant le dispositif on allait valoriser le travail.
D'autre part, il compte valoriser le travail sans apporter de solution pour défaire les actes qui dévalorisent réellement le travail. Comment valoriser le travail quand on compte dévaloriser son fondement qu’est le contrat ? Peut-on valoriser le travail en le précarisant et en l'affaiblissant ?
Voilà une aporie intéressante puisqu’elle implique une vision uniquement économique du travail basée sur le regard qu’en a le patronat, il faut bien le reconnaître.
Sarkosy souhaite pour valoriser le travail des fonctionnaires, instituer des primes aux mérites pour les bons agents (principe qu’il veut généraliser à tous les secteurs). Ce qui est possible à mettre en place pour une partie des fonctionnaires (postes administratifs, de missions bien précises de service public…) ne l’est pas pour l’autre partie des agents, qui travaillent dans le social, dans l’éducation, dans le domaine de la justice… Pour ma part, si je devais travailler dans une optique de mérite, je devrais faire des choix qui conduiraient à ne plus prendre de risque c'est-à-dire perdre l’essence même de l’intérêt même de mon métier. Du coup, ce que l’on reproche au secteur public, d’être constamment à l’abri du risque, va paradoxalement pousser une partie des fonctionnaires à ne plus en prendre.
Comme le disait François de la Rochefoucauld « Le monde récompense plus souvent les apparences du mérite que le mérite même »….. à méditer.
En d’autres termes, valoriser le travail pour Sarkosy consiste uniquement à permettre plus de liberté dans ce dernier. Cette vision est réductrice. Valoriser le travail c’est aussi se battre contre l’idéologie actuelle qui, au-delà d’encourager la liberté de travailler, d’encourager la compétitivité, créer d’un côté des emplois et de l’autre du chômage. Sauf que les emplois créés qui peuvent arithmétiquement remplacer ceux qui disparaissent ne s’adressent pas vraiment à la même population et que les solutions pour reclasser les chômeurs ne sont jamais assez efficace pour alléger la note.

Posté par nogood à 19:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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